World Cup Italia 90 ou la confusion dans l’appellation

yuuyakunPar Retro Bonheur

C’était un de ces rudes hivers, une de ces périodes où il faisait bon rentrer au chaud après sa journée d’école, prêt à dévorer un gouter devant Sauvez par le gong et le Prince de Bel air sur Antenne 2. Mais cette semaine-là, il y avait quelque chose qui m’exaltait encore plus. Je trépignais en effet d’impatience à l’idée d’être Vendredi soir, pas seulement pour être en weekend, mais pour souffler une nouvelle bougie ! Pour marquer l’occasion, j’avais demandé à mes parents de s’enquérir d’un jeu vidéo pour ma chère Master System 2 acquise quelques mois plus tôt. A vrai dire, il allait s’agir de mon tout premier jeu vidéo physique. Enfin allais-je pouvoir solliciter le mystérieux port cartouche caché sous le clapet de la console et jouer à autre chose qu’Alex Kidd – ce plateformer très coloré et à la facilité « déconcertante » qui était inclus dans la console.

A cette jeune époque où je ne lisais pas la presse spécialisée, ma connaissance de la ludothèque Master System se limitait aux pubs télés et au catalogue fourni avec la console. Sauf qu’aucun de ces derniers ne faisait le poids face aux après-midis découvertes entre amis.  Et dans cette rubrique, je ne pouvais m’empêcher de repenser à un jeu de foot nommé World Cup. De passage un jour chez un ami à qui l’on avait prêté le soft, j’étais immédiatement tombé sous le charme caricatural des personnages aux grosses têtes et petits corps musclés. Mais plus que tout, c’était les têtes et retournées acrobatique « Olive & Tomesque » qui me marquèrent ! Des retournées qui envoyaient le ballon dans des trajectoires improbables, avec comme point commun de toujours finir dans les filets, jouissif ! Ça en devenait même le but du jeu : marqué en retourné ou rien. Conquis par ce jeu, fan d’Olive et Tom et du sport que je pratiquais en club – les retournées en moins – il était impensable de ne pas le demander pour mon anniversaire.

L’objet du délit

Arrive alors le grand jour. Excité comme un marsupilami, j’ouvre le papier cadeau et découvre un jeu qui s’appelle aussi World cup mais y ajoute « Italia 90 ». Pas affolé et y voyant même un bonus, je suis heureux et remercie mes parents, mon père de me dire qu’il n’y avait pas de jeu World cup en magasin mais uniquement ce World cup Italia 90. Pas encore inquiet, je retourne la boite pour voir les images du jeu et remarque qu’elles ne correspondent pas à celui auquel j’ai joué. L’inquiétude grandissante, je me donne des excuses en me disant qu’il s’agit de mode de jeu supplémentaire. Le gâteau finit, et bien qu’il soit tard, mes parents m’autorisent exceptionnellement à brancher la console à cette heure tardive. J’insère le jeu et le lance. Ah, quelle joie d’ouvrir enfin le clapet de ma Master System, quelle joie d’entendre autre chose que la mélodie d’Alex Kidd – cette musique si difficile à faire sortir de la tête.

A l’écran titre du jeu, mes doutes grandissent. Celui-ci n’a rien à voir avec celui de mes souvenirs. J’avance dans le menu, choisi une équipe, « Tiens on peut choisir la France ? Pourtant on n’était pas qualifié ? » Passons. Le choix effectué, Le moment tant attendu arrive, le début du match !

Que la confrontation commence

Et là que vois-je ? Où sont passés mes personnages caricaturaux et ma vue de profil ? Pourquoi ai-je une vue de haut et des joueurs qui ressemblent à des pattes de mouches ? L’arbitre, ou plutôt le jeu, car il n’y a pas d’arbitre, siffle le début du match. Quel spectacle improbable, j’ai l’impression d’être devant une compétition de scarabées, les sprites sont minuscules, la balle à peine plus visible, « mais pourquoi n’est-ce pas le même jeu ? » me dis-je à moi-même. « Pourquoi n’est-ce pas identique au jeu Nes découvert chez mon ami ? Il s’appelle aussi World Cup, ça devrait donc être identique ?! ». Ah, pauvre enfant, naïf d’avoir imaginé que le World Cup de chez Nintendo existerait aussi chez Sega. Sans aides de magazines ni de personnes, j’avais en effet bêtement demandé un jeu qui n’existait pas… Les paroles de mon père me revinrent alors…

Heureusement encore enfant, la déception laissa rapidement place à l’excitation de la nouveauté. « Ce n’est pas le même jeu ? Et bien je n’en aurais que faire, c’est un nouveau jeu, mon deuxième jeu console, et mon premier jeu cartouche, allons-nous en le découvrir ».

Je pris alors le temps – d’un côté je n’avais que ce titre auquel jouer – de faire connaissance avec le soft. Reposant sur la coupe du monde Italienne de 1990 et avec 30 équipes au choix, le but évident est d’aller en finale et de la gagner. Le jeu est d’une simplicité et d’un réalisme…très « arcadesque ». Il se prend très vite en main : un bouton pour passer, un bouton pour tirer, possibilité de tacler, le tout avec 8 joueurs par équipe, gardien inclus. Vu la fourmilière lors de l’action, heureusement qu’il n’y en a pas plus. Je découvre rapidement un moyen de marquer à presque tous les coups, il suffit en effet lorsque vous avez la balle près des buts d’avancer à droite ou à gauche et de tirer. La balle fera alors une lucarne rarement rattrapée par le goal adverse.  Au fur et à mesure de l’avancée dans le jeu, la difficulté croît si bien qu’une bonne prise en main s’avère nécessaire pour espérer gagner. Motivé – et surement parce que je manquais d’autres softs, j’arriverai assez rapidement au bout du jeu, non sans satisfaction. Je me rappelle encore aujourd’hui de l’écran victorieux : une très belle image fixe représentant un joueur tenant la coupe du monde dans ses bras. En appuyant sur une direction, vous déclenchiez l’équivalent d’un flash photo sur l’image :  simple et efficace.

En somme satisfait de mon acquisition – la jeunesse – j’apprécie aussi particulièrement le mode Penalty. Il s’agit de l’un des points forts du soft. Pour y jouer, vous avez 9 directions de tirs (position neutre inclus) et autant de direction pour le gardien. C’est très fun et je me rappelle de longues parties avec mes amis remplies de rires et de moqueries. Très joliment fait, c’est d’ailleurs par ce mode que le jeu est représenté dans le catalogue master system. Passée la déception, que dis-je, la tromperie sur la marchandise, World cup Italia 90 sera un de ces petits titres qui m’occupera pas mal, d’abord en jeu seul avant de se limiter au mode 2 joueurs. Loin d’être transcendant, il comblera le manque sportif de ma ludothèque pendant pas mal de temps avant de retourner dans un certain oubli dès que ma collection s’agrandira, notamment avec l’arrivée d’une certaine Megadrive

Mais faisons fi de ces bons souvenirs d’enfance, il était impératif que je rebranche le jeu pour cet article. Dans cet objectif, je convie (qui a dit forcer ?) un de mes amis pour m’accompagner dans la besogne. A défaut de posséder ma console d’enfance, il s’agit de la même cartouche. World cup Italia 90 fait en effet parti de ces rares jeux que les cartons ont protégé du temps et des déménagements. Souhaitant une partie dans les conditions d’origines, je laisse le switch de la console en 50hz (vitesse d’origine). Le jeu inséré, j’arrive à l’écran titre.

Le Master System Converter en action !

Après littéralement plus de 25 ans sans l’allumer, la nostalgie opère à l’écoute de la musique. Plein d’espoirs, je débute en mode 1 joueur. Le match commence et… mais quelle horreur ! Ce n’est pas tant l’aspect fourmilière qui me dérange, ça je m’en rappelais, mais plutôt l’absence de challenge. Le jeu est clairement redondant, presque gênant… j’ai beau me forcer, je m’ennuie au bout de quelques minutes, et ce, malgré ma technique du but lucarne retrouvée. Prêt à éteindre, je propose néanmoins à mon ami d’essayer d’y jouer à deux. Effrayé à l’idée de rejoindre ce monde de coléoptères, il se force à coopérer. Dubitatifs de notre état, nous sélectionnons chacun une équipe et débutons désillusionnés notre match. Et là, à notre grande surprise, quelque chose d’imprévu opère. Le jeu est toujours aussi simpliste et peu reluisant, mais de cette simplicité nait un certain fun, un amusement à récupérer le ballon, à tacler l’autre, une vraie joie à se faufiler et à utiliser les techniques de but.

Je n’en reviens pas ! Ce jeu peut être est fun ! Il a un petit quelque chose, et la musique, loin d’être excellente, encourage drôlement à la compétition. Alors ne vous méprenez pas, on est à des années lumières d’International Super Star soccer ou autre Super Sidekick, et encore plus loin des récents FIFA ou PES. A vrai dire, ce n’est pas tant un jeu de foot qu’un rond à amener dans un rectangle. Il n’empêche que nous sommes agréablement surpris, au point même de surenchérir sur une 2ème, une 3ème et même une 4ème partie. (Peut-être dû à l’agacement de mon ami qui maitrise moins que moi la technique du but lucarne). Ces matchs terminés, il est temps de finir cette replongée par le mode penalty, celui-là même dont j’ai de très bons souvenirs.

Crises de fou rire assurées devant ce mode à la difficulté surhumaine

Je commence au tir avec mon ami aux cages. Le premier penalty tiré, je lui demande « Tu as vu quelque chose ? ». « Pas du tout, c’est trop rapide ! », me répond-il. C’est alors à mon tour d’être au but, il tire et je m’écris « Mais c’est totalement impossible ! ».  On se concentre alors tous les deux pour les tirs suivants. A chaque but tiré, on espère voir le début de la direction du ballon, et à chaque fois nous tirons la même conclusion : c’est trop rapide ! On s’amuse alors à mettre la console en 60 hz. Ça en devient tellement rapide que les fous rires éclatent. Je remets le switch en 50 hz et nous continuons quelques parties, le fun opère même si nous ne maitrisons pas vraiment la chose. Viens finalement le moment d’éteindre la console. Après cet ascenseur émotionnel, je me rappelle tant de la frustration d’avoir reçu le « mauvais » jeu que de la positivité inhérente à la jeunesse d’avoir su tout de suite s’amuser de ce que j’avais. Je me rappelle aussi à quel point, enfant, nous savions nous contenter de peu sans jamais laisser nos préjugés déceptifs interférer. Je suis donc d’autant plus ravi d’être allé au-delà des mes premières impressions pour cette redécouverte, certain qu’il m’arrivera d’y rejouer le temps d’un petit match à deux.

Après cette immersion adulte dans le soft, il est indéniable que World Cup Italia 90 était un jeu très moyen, que de nombreuses personnes avaient dû acquérir faute d’une ludothèque riche en jeu de foot ou à cause de la belle licence FiFA. Qui sait si d’autres personnes l’avaient aussi confondu avec le World Cup de la Nes… En cela, je ne saurais le recommander à l’achat en dehors de la curiosité de découvrir ce qui se faisait à l’époque. Il y a peu de chances que vous y trouviez un amusement quelconque en mode 1 joueur, mais de fortes probabilités que vous puissiez trouver l’expérience amusante le temps de quelques matchs à deux.

Quant au mode penalty, un doute m’habite : est-ce nous qui avons vieillis ou ce mode est-il réellement injouable ?

– RetroBonheur – https://twitter.com/RetroBonheur

4 réflexions au sujet de « World Cup Italia 90 ou la confusion dans l’appellation »

  1. Très belle histoire !! Mon premiers jeu de foot était aussi sur Master System et c’etait Tecmo World Cup 93 ( Ouai ouai il y avait pas de Coupe du monde en 93 ^o^) Et mon jeu trône toujours fièrement sur mon étagère tel un graal.
    Mais il était vraiment au dessus de World Cup Italia 90 c’est sur 😜

    • Je trouve Tecmo World Cup 93 vraiment bon, sans doute un des meilleurs jeux de foot sur 8 bits – bon vu la concurrence… et ne me parlez pas de Kick Off ^^

  2. Un article, long et bien écrit, sur World Cup Italia 90, c’est si rare, merci !

    Ah, cette « confusion » avec le ‘Nintendo World Cup’ de la NES, quelle histoire 🙂
    J’ai connu un petit peu le même genre de mésaventure. Chez un ami, on s’éclate avec le fantastique Thunder Force 3 de la Megadrive. Sur ma NES, à cette époque (milieu année 1991), je lis que le meilleur shoot’em up est Life Force (dixit Player One, 92% il me semble – je feuillette encore régulièrement les vieux mags de JV), et la jaquette en jette pas mal en effet … Mais après quelques minutes de jeu, quelle douche froide… Rien à voir avec les graphismes, les musiques et surtout la vitesse d’animation de TF3 ^^ Sans parler de la trop grande difficulté – merci le code Konami pour les vies infinies 😀

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